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Jean Paul Gaultier, la mode au-delà des codes

Cette semaine, j’ai vécu quelque chose de formidable. Un moment en-dehors du temps, magique. J’ai été transportée dans une autre galaxie, sur une planète à part, où le style est partout, où l’esprit se laisse guider par la vague qui révolutionne la mode depuis des décennies: j’ai pénétré l’univers Jean Paul Gaultier.

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La robe « sac poubelle » et bijoux « boules de thé, tampons récurreurs et boîtes de conserve » . Sac à main « cendrier ». Collection High tech, automne-hiver 1980-1981

L’exposition consacrée au créateur se déroule en ce moment au Grand Palais. Cette rétrospective inédite mettant en scène les créations du styliste depuis ses débuts se présente comme « son plus grand défilé jamais organisé ». Il est forcé de constater qu’il s’agit de bien plus qu’une simple exposition, la mise en scène, les décors, le son, tout est mis en œuvre pour en faire un véritable spectacle. Le show commence dès le début, dans le salon « L’Odyssée », qui, comme son nom l’indique, met en avant le thème marin si cher au créateur et sa fameuse marinière, devenue un emblème de la maison. Les visages des mannequins sont animés grâce à un système de vidéo-projection, Jean Paul Gaultier habillé d’une marinière et d’un panalon-jupe nous présente son exposition et nous raconte ses inspirations, l’ambiance du salon est très réussie. D’un côté les sirènes enchanteresses, de l’autre les marins (hommes et femmes mélangés) et au bout de la pièce, les madones vues par Jean Paul Gaultier. Chacune des créations est une œuvre d’art à part entière. L’élégance, le savoir-faire et la technique se mêlent à cette excentricité teintée d’humour caractéristique du style du créateur.

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Un autre thème de prédilection de « l’enfant terrible de la mode », tel qu’on le surnomme, est incontestablement la vile-lumière. Certains symboles et clichés enregistrés par l’œil du couturier lorsqu’il était enfant, comme la tour Eiffel, le béret et le trench coat, s’imposent comme des références réinterprétables à souhait. Gaultier est également fasciné par le Paris de la Belle Epoque, celui de Toulouse-Lautrec et du Moulin Rouge, le Paris des bistros et des cabarets de Pigalle… Gaultier propose une nouvelle vision de la Parisienne, beaucoup plus libre et anticonformiste. En réaction à la monotonie et aux normes de la mode de l’époque, il invente de nouveaux codes esthétiques, n’imposant rien et encourageant plutôt chacun à s’habiller selon un style qui lui est propre.

Fortement marqué par le Londres des années 1970, mélangeant traditions et avant-garde, le couturier puise son inspiration à des sources moins conventionnelles: les dandys en chapeau melon croisent les punk tatoués de Trafalgar Square, leurs tenues réunissent latex, cuir, tartan, épingles de nourrice, dentelle et résille… Gaultier avoue avoir été beaucoup influencé par les punks, étant fasciné par la « contre-culture britannique qui était l’opposé du Paris antibourgeois ». Le côté individualiste et empreint d’une liberté qu’ont les anglais ont nourrit l’imaginaire de Gaultier, inspirant de nouveaux symboles d’élégance: comme lors de son premier défilé en 1976, où il fait défiler un tutu de ballerine porté avec un bustier clouté et une veste biker… _#JPG48 Le point de rencontre entre ces deux mondes, le parisien et le londonien, créé le « punk cancan », qui ressurgit tout au long de sa carrière sous la forme de vêtements incarnant à la fois la classe et l’anticonformisme, le classicisme et l’esprit de rébellion. Les plumes, les boas et les froufrous du french cancan côtoient le cuir, le jean et les étoffes à carreaux.

Jean Paul Gaultier habille les stars de la scène, telles que Beyonce, Lady Gaga, Mylène Farmer ou Madonna. Celle-ci s’est imposée comme une muse du couturier, à qui il a fait porter ses corsets aux seins coniques pour la première fois. Il a par la suite dessiné les costumes de scène de la chanteuse pour sa tournée internationale Confessions Tour en 2006. Devenu un emblème de la maison, le corset se décline désormais dans toutes les matières, formes et couleurs. _#JPG32

Gaultier interroge dans ses collections le concept de nudité. Le corps -qu’il considère comme son principal outil, sa base de travail- tout comme la peau, sont pour lui d’inépuisables sources d’inspiration. Son imagination débridée et sa profonde iberté le conduisent à transformer les matières, qui se changent alors en seconde peau. Il explore les possibilités du trompe-l’œil, notamment dans ses modèles « tatouages » tissés ou imprimés sur un tulle élastique. Parfois, le vêtement dévoile ou souligne ostensiblement ce qu’il devrait dissimuler. Étonnant et provoquant, certes, mais jamais vulgaire.

Je respecte les individualités et j’aime les particularités. Je mixe et matche, collecte, détourne et métisse les codes. Passé, présent, ici, ailleurs, masculin, féminin, distingué, ordinaire, tout le monde cohabite.

– JEAN PAUL GAULTER

Gaultier aime farouchement la différence. Il la recherche assidûment et constamment, dans des mondes encore intouchés par la standardisation de la mode. De ce travail d’observation naît une nouvelle esthétique, où le vêtement incarne le dialogue entre les cultures, les origines et les ethnies, par-delà les limites géographiques, les croyances religieuses et les barrières linguistiques. Gaultier gomme les frontières, créant des modèles à mi-chemin entre le monde urbain et les territoires sauvages, entre tradition et modernité, entre animalité et raffinement.  Dans sa planète multiethnique, tous cohabitent au-delà des barrières. Le couturier évoque et réinterprète dans ses collections les tenues des Indiennes gypsies, des Juifs orthodoxes, des peuples du Grand Nord. Les gilets venus de Mongolie, les kimonos des geishas, les jupes de flamenco et les masques africains. Le créateur plonge au cœur même de la jungle pour habiller les femmes de peaux et de plumes de bêtes. En un magnifique effet de trompe-l’œil, il imite le pelage d’un léopard au moyen de milliers de perles.

Je crois qu’aujourd’hui, la façon dont on s’habille est une forme d’expression artistique. Saint Laurent, par exemple, a fait du grand art. L’art réside dans la façon de composer la tenue entière. Prenez Jean Paul Gaultier. Ce qu’il fait est vraiment de l’art.

– ANDY WHAROL

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Exposition Jean Paul Gaultier au Grand Palais, du 1er avril au 3 août 2015.

Emma

4 comments on “Jean Paul Gaultier, la mode au-delà des codes

  1. Oh mon dieu! Ce moment a du être magique et tellement cultivant ! Article toujours au top ! Continue ❤️

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