Faut-il (toujours) suivre la mode?

Vous vous en doutiez certainement, la réponse est non.

SAUF que…
Le problème dont dérivent tous les autres, c’est que l’on vit dans un monde où tout le monde est tellement ultraconnecté (au point que ceux qui n’ont pas Instagram sont considérés comme des marginaux-certains les pensent exclus de la société, d’autres les voient comme des aliens) qu’il en est devenu quasiment impossible de ne pas suivre la mode.

Conséquence désastreuse n°1: comme la mode est partout, la mode inspire la mode, les créateurs s’inspirant de la rue pour créer la mode de demain commencent sérieusement à tourner en rond, rentrant dans un tourbillon infernal où l’addiction frénétique à la mode fait que l’attente devient insupportable entre chaque collection, sans qu’aucune idée nouvelle ne surgisse.
D’où l’apparition du « see now, buy now« , concept inauguré par Burberry (mais aussi Tommy Hilfiger avec sa capsule Gigi Hadid, Tom Ford ou encore DVF)… Non seulement cela risque de renforcer le sentiment de lassitude chez les acheteuses, mais en plus cela détruit la surprise au moment de la nouvelle saison…

Saint Laurent SS 17 par Anthony Vaccarello

Conséquence désastreuse n°2:  inéluctablement liée à la précédente; la disparition progressive de la créativité. Et sans créativité, les créateurs ne seront plus que des machines vouées à resservir sans cesse la même soupe. Comme si  les possibilités illimitées qu’offre la mode avaient déjà toutes été explorées. Stagnation de la mode. Ô désespoir.

Mais comment éviter ce désastre humanitaire??? Il doit bien y avoir un moyen.

Commençons par déconnecter.

Prenez les années 6O, par exemple. Il n’y avait pas d’Internet, pas de réseaux sociaux, c’était la belle vie, le créateur avait l’esprit sain. Il restait tout à inventer. Les idées fusaient, car il y avait de la place pour les idées nouvelles. Et c’est là que l’on a assisté à l’une des plus grandes révolutions de la mode. On passe du tailleur Bar Dior aux minijupes, puis à l’apparition du jean dans le vestiaire des femmes, au courant hippie puis grunge…

Si l’on réfléchit, l’histoire de la mode a toujours été ponctuée de révolutions. La preuve en est que l’on a pu passer des toges romaines aux jeans troués. En plus de deux millénaires, certes. Mais aujourd’hui ne retrouve-t-on pas ces mêmes toges (plus ou moins remises au goût du jour), chez des maisons comme Valentino ou Alberta Ferretti? Oui, car la mode puise dans ses racines, encore et encore. C’est le besoin de confort et l’évolution des mentalités qui l’a transformée au fil des siècles. C’est ce qui a fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Mais aujourd’hui, on cherche à aller trop vite. On s’enferme dans l’instant, on veut tout tout de suite.

De gauche à droite: Carven, Dior par Maria Grazia Chiuri, Valentino

Cette mentalité est clairement en train de réduire à néant le processus créatif et de faire des nous des êtres incapables de réfléchir et de se remettre en question. Et encore pire, des moutons. Car à trop vouloir suivre la mode, on finit par ressembler à monsieur ou madame tout le monde. Plus personnel n’a de style bien à soi. On ne suit pas la mode parce qu’elle nous plaît, mais pour ne pas être en marge de la société. Bien que ce ne soit pas toujours perceptible, nous sommes en pleine révolution de la mode. Une révolution visant à rendre la mode accessible à tous, que ce soit d’un point de vue social, économique ou encore géographique. On veut faire de la mode un style de vie. C’est ainsi que l’on instaure la routine; que l’on perd le désir d’atteindre l’inaccessible.

De gauche à droite: Stella McCartney, Balenciaga Par Demna Gvasalia, Emporio Armani

Mais en jetant un oeil aux dix dernières décennies, on constate que la mode n’a pas su tenir en place bien longtemps. Alors comment notre révolution pourrait-elle s’inscrire dans la durée? Elle entraînera inévitablement une autre révolution. Un burn-out général. Un ras-le-bol du trop d’informations. L’art au début des années 20 a déjà expérimenté ce phénomène, dans d’autres mesures, certes. Déjà amorcée chez certains créateurs japonais depuis plusieurs décennies (Yohji Yamamoto ou Comme des Garçons, entre autres), et plus récemment par Demna Gvasalia pour Vêtements et Balanciaga ou Alessandro Michele chez Gucci.  Nous mènera-t-elle à l’avènement d’une mode existentialiste, à un minimalisme puriste, à un nouveau carré blanc sur fond blanc, à une mode dictatoriale ou au contraire à l’apparition de nouvezux styles? C’est en cette dernière hypothèse que nous plaçons tous nos espoirs…

Ne pas s’avouer vaincu.

Car tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et tant qu’il y a de la créativité, il y a de nouvelles idées. Je pense que la clé se trouve dans la capacité à ne pas se faire influencer, à rester fidèle à soi-même, à s’isoler du monde qui nous entoure pour chercher de nouvelles énergies, pour évoluer spirituellement. Il faut savoir prendre des risques (voir mon article sur Jean Paul Gaultier ici). Ce n’est que comme ça que l’innovation est rendue possible.

Aux extrémités: Gucci SS17 par Alessandro Michele, au milieu: Dries Van Noten SS17

Suivre la mode n’est pas une fatalité. Suivez-la à condition que vous lui donniez votre propre interprétation à travers le style que vous développez. Et trouver son style est une histoire de temps et de patience, basée sur des expérimentations, des risques qui payent et d’autres moins. N’ayez pas peur de vous tromper, vous apprendrez de vos erreurs! Ce sont elles qui permettront la survie de la mode.

Emma